Automne 2025L'idée
Un agacement précis
Les applications d'addiction existantes comptent des jours d'abstinence, affichent des séries à ne pas briser, et remettent le compteur à zéro à la moindre reprise. Pour quelqu'un qui traverse une addiction, ce compteur à zéro, c'est de la honte à l'état pur, distribuée par une interface.
Limbra est née contre ça ; et déjà avec une liste « ce que Limbra ne fera pas » : l'app s'est construite autant par ses refus que par ses fonctionnalités.
Automne 2025 → février 2026Phase 0
Lire avant de dessiner
Je ne suis ni médecin, ni chercheur, ni développeur. Alors avant tout : lire. Douze grandes questions, environ 50 000 mots de documentation, et une exigence non négociable ; des publications, pas des opinions.
Verbatim ; les questions d'origine
Attention : je veux les études qui ÉCHOUENT aussi, pas seulement les success stories. Qu'est-ce qui est validé vs qu'est-ce qui est du wellness washing ?
Ce crédo anti-bullshit deviendra plus tard un relecteur automatique à part entière, chargé de vérifier chaque affirmation scientifique de l'app contre ses sources primaires.
Début 2026🌗
Construit avec, pas à côté
Les archives ne le disent nulle part, alors je l'écris de mémoire : en pleine phase de recherche, j'ai traversé une grosse dépression. Limbra n'a pas été mise en pause ; c'est l'inverse. Travailler dessus me donnait un endroit où poser l'attention. Cette app sur le soin s'est construite en me servant de thérapie ; ce récit ne le cache pas.
26 février 2026Conception
Enfin mon métier
Benchmark de huit apps, palette « cocon nocturne », typographie choisie pour l'accessibilité avant l'esthétique, vingt logos en quelques minutes ; et un prototype navigable de 27 écrans dans un seul fichier HTML de 53 Ko. Un seul fichier, pour une raison sociale et pas technique : ça s'ouvre partout, sans rien installer. Exactement ce qu'il faut pour le poser devant un soignant.
Le journal de collaboration, février 2026
L'IA fait le squelette, le graphiste fait la peau.
Mars 2026Le terrain
Un professionnel en face
Le cap fixé pour clore la conception : présenter le projet à un addictologue. Pas pour une bénédiction ; pour découvrir ce qu'un clinicien démolirait en premier.
Il n'a pas démoli ; le retour a été enthousiaste. À partir de ce rendez-vous, Limbra n'était plus une exploration de graphiste ; c'était un chantier à mener au bout.
10 juillet 2026Le code
Le cœur du MVP en une nuit
Le prototype devient une vraie application Android, construite par des sessions d'IA en terminal que je dirige une par une, sans écrire moi-même une ligne de code. Chaque session reçoit un nom, un périmètre de fichiers, et l'obligation de documenter ce qu'elle a fait. Le 10 juillet, environ dix-neuf sessions : le SOS, le Journal, la Météo du craving, le chiffrement.
Le même jour, le gardien clinique attrape une fausse promesse héritée du prototype ; un « +20 % précision » sans rien derrière. Corrigé le jour même : aucun chiffre inventé, aucun faux statut, nulle part. La même règle vaut pour ce récit.
11 juillet 2026Le réel
Le device dit la vérité
Premier test sur un téléphone réel : deux bugs bloquants d'un coup, invisibles depuis des jours sur le web. La leçon est restée, et elle est devenue une règle du projet : rien n'est « fini » tant que ce n'est pas passé sur un vrai téléphone.
29 juillet 2026Garde-fou n°1
Le précédent tronqué
Une session d'IA cite un précédent favorable en omettant sa clause restrictive ; je la stoppe avant tout commit. Le garde-fou fondateur du projet est né là :
Règle n°1, verbatim
Un précédent lu partiellement vaut absence de précédent.
Août 2026Durcir
La mémoire devient une infrastructure
Les règles cliniques, de sécurité et de couleur déménagent dans des registres dédiés, déplacés caractère pour caractère et vérifiés par empreintes cryptographiques. Pourquoi tant de cérémonie ? Parce qu'on a mesuré le contraire : des comptes écrits à la main sont restés faux cinq jours sans qu'aucun contrôle ne rougisse. Depuis, ce qui peut être vérifié par un script l'est ; ce qui ne peut pas l'être est écrit avec sa date.
14 août 2026Alpha 1.0.1
L'alpha publique
L'app sort : six modules, contenu réel et sourcé, données 100 % locales et chiffrées, aucun compte. Distribuée en APK et en version web installable. Le soir même, j'ouvre le chantier de ce récit.
23 août 20261.0.4
L'écran qui a arrêté de compter
Neuf jours après l'alpha, la première mise à jour part chez les testeurs. Son cœur : l'écran Tendances ne compte plus, il montre. Une horloge de 24 heures où chaque consommation notée se pose à son heure ; les habitudes deviennent visibles d'un coup d'œil, sans axe du bien et du mal. La personne lit ses propres rythmes ; l'app se tait.
Et les garde-fous ont travaillé dans les deux sens : le relecteur clinique a refusé deux choses que j'aimais ; je les ai maintenues, mais son refus est cité en entier dans les registres. Un garde-fou contourné en silence ne protège personne ; contourné par écrit, si.
24 août 2026Le récit en ligne
Le récit sort de sa boîte
Une journée entière sur le site, pas sur l'app. Cette page devient publique et prend la place du « journal de fabrication » partout ; c'est elle qui mène au journal désormais. La page d'accueil hérite de sa plus belle section, les cinq piliers et leurs formes de verre ; le bloc SOS fait le chemin inverse et perd son anneau, ses chiffres, tout ce qui promettait plus que la page ne vérifiait. Quand un chiffre n'est pas remesuré, on ne l'affiche pas.
Et le bug le plus bête du mois : sur téléphone, le symbole des piliers restait invisible. Trois correctifs, trois mauvais étages. Mesuré enfin en direct dans le navigateur : la scène faisait zéro pixel de large. Une ligne pour réparer. Avant une troisième tentative, on mesure ; on ne devine plus.